TEMOIGNAGES D'EXPAT- LE BILINGUISME, UN TRESOR !

Lili Plume, maman de Nathan 9 ans, 2 expatriations (Mexique & Brésil)

Nous avons lu le livre et nous vous le présentons ! Illustrations : Georgia Noel Wolinski
Nous avons lu le livre et nous vous le présentons ! Illustrations : Georgia Noel Wolinski

Lili Plume c'est un nom de code ou plutôt le nom d'auteur de la maman de Nathan. Elle nous livre un fabuleux roman autobiographique de sa toute première expatriation. A lire absolument !

La maman de Nathan, nous parle avec beaucoup de réalisme et d'humour de la difficulté de l'apprentissage du français, la langue maternelle de beaucoup d'enfants expatriés et bilingues. Un témoignage déculpabilisant qui fait vraiment du bien et qui permet d'être confiant et de relativiser sur la question du maintient du français et de l'apprentissage des langues... 

Après cinq ans d’expatriation (trois ans au Brésil puis deux au Mexique), je me suis vite rendu compte, notamment en discutant avec les gens autour de moi, que la question de la scolarité dans la vie d’une famille expatriée était centrale et parfois même, source de beaucoup d’inquiétudes. Surtout par rapport à la langue.

Doit-on mettre ses enfants dans une école française ? Et s’il n’y en a pas, doit-on lui faire prendre des cours à l’Alliance française la plus proche ? Une amie enseignante (et c’est loin d’être la seule) a même déscolarisé ses trois enfants de l’école

mexicaine locale où ils étaient pour reprendre toutes les bases de leur langue

française à la maison : « Je ne veux pas qu’ils perdent leur langue natale. » m’a-t-elle déclaré.

Pour ma part, le problème a été assez vite réglé à mon arrivée au Brésil en 2014. Il n’y avait pour mon fils d’alors quatre ans aucune possibilité de prendre des cours de français dans la ville où nous avions atterri. Pas d’école française, pas de cours de français (pour les Français) à l’Alliance française. Et nous lui avions même compliqué la tâche en l’inscrivant dans une école canadienne bilingue (anglais et

portugais) qui, en plus, ne dispensait que des cours en anglais dans les petites classes ! Il est donc arrivé dans une école où il ne comprenait pas un traitre mot de tout ce qu’on lui racontait en anglais. Et il a appris le portugais avec ses petits copains dans la cour !

À certains moments, je me suis dit que nous étions des parents complètement fous d’imposer ça à notre fils. Une situation extrêmement stressante pour les parents et certainement aussi, pour les enfants.


Nous avions pourtant fait un bon choix. En quelques mois, notre fils s’est mis à parler un portugais parfait qui, d’après nos amis brésiliens, ne le dissociait pas d’un cheveu de ses autres camarades ! Et l’anglais parlé et écouté toute la journée à l’école est devenue une langue quasi naturelle pour lui. Il la pratique encore aujourd’hui dans les écoles bilingues du Mexique.

Et qu’en est-il de son français ? Eh bien c’est moi qui m’y suis collée ! Parce que je suis professeure des écoles ? Parce que j’aime la langue française ?  eut-être… mais surtout parce que je n’avais pas le choix ! Et enseigner le français (écriture et lecture) à son propre enfant, c’est le métier le plus ingrat qui soit ! Rébellion ! Chantage affectif ! Menace ! Tout y passe !

Certaines femmes d’expat, pour éviter cela, mettent en place des échanges d’enfants pour l’enseignement du français. Passe-moi ton fils, prends le mien et bonne chance ! Surtout quand les mamans ne sont pas institutrices…

Mais enseigner le Français à ses enfants dans une vie d’expatrié reste une opération difficile pour une raison majeure : il faut trouver le temps !

Au Mexique et au Brésil, les après-midis sont dédiées aux nombreuses activités : sport, musique, arts… Les enfants n’arrêtent pas ! Et le soir arrivant, après avoir fait les devoirs, mangé et s’être douché, ils n’ont absolument plus envie de refaire classe dans une autre langue. Le weekend, c’est la même histoire.

Moi, j’ai adopté la tactique suivante : je glisse un mini exercice à faire sur l’ordinateur partout dans son emploi du temps. L’important : que cela reste une habitude, qu’il n’ait pas à reprendre son stylo et du papier, que ça soit court et le plus ludique possible !

Je profite aussi toujours de l’été et du retour en France pour faire travailler mon fils avec ses cousins et cousines et qu’il soit porté par des Français scolarisés à l’école française. En essayant de ne jamais le mettre en situation d’échec pour ne jamais le bloquer. Toujours cette peur qu’il refuse catégoriquement de faire du français où qu’il finisse par considérer cette langue comme une contrainte.

D’autant que pour l’avoir vu apprendre à écrire le portugais et l’espagnol, le français reste une langue à l’orthographe abominable ! « Et cette lettre là on ne la prononce pas, celle-là non plus, celle-là non plus… et le son [o] on peut le faire de trois manières o, au, eau ? Pourquoi ? Ne me le demande pas !… »

Bref, pour conclure je dirai qu’enseigner le français à ses enfants en expatriation ce n’est pas une mince affaire. Il faut trouver la bonne formule, celle qui convient le mieux à sa famille, et surtout ne pas trop stresser. D’après moi, si un enfant n’a pas de difficultés particulières, tout se passera bien. Les enfants expatriés développent de toute manière de formidables aptitudes à l’apprentissage des langues. Il ne faut pas les sous-estimer. Le français ne disparaîtra pas de leur vie !

Stéphanie maman de Maëlle 7 ans & Léandre 5 ans    Expat au Vietnam

A 5 ans, le petit Léandre est déjà un super héros : il parle déjà 3 langues !
A 5 ans, le petit Léandre est déjà un super héros : il parle déjà 3 langues !

Multi expatriée avec sa famille, Stéphanie nous livre un témoignage très réaliste de ce que veut dire être bilingue : entre difficultés rencontrées et immense richesse apportée, elle nous explique comment se vit au quotidien le bilinguisme...quadrilinguisme devrions-nous dire !

“ Notre petite famille est expatriée depuis une dizaine d’année. Maelle, 7 ans est née en France et son frère de 5 ans, Léandre à Bangkok. Nous n’avons jamais vécu tous les 4 dans un pays francophone et nos enfants ont déjà renouvelé leurs passeports 2 fois. Après le Sri Lanka, la Thaïlande et les Philippines, nous venons d’emménager au Vietnam ou nous serons pour 4 ans.  

Je suis française, mon mari suisse allemand, donc le français et le suisse allemand sont les langues de la maison. Quant à l'anglais, il est utilisé à l’école et avec la nanny.  Dès leur plus jeune âge, nous avons toujours insisté pour que les enfants ne mélangent pas les langues. Soit on parle en français, soit en anglais, soit en allemand.

La tendance est souvent de commencer dans une langue et de continuer la phrase dans une autre. “Mum tu me donnes ma jacket please?”. “Leandre don’t mess avec mes affaires”. Je les corrige automatiquement (“choisis ta langue : tout en français ou tout en anglais mais pas de mélange”) et je dois bien avouer qu’ils me corrigent aussi parfois...!  Et les enfants ont vite compris a qui s adresser et dans quelle langue.

Leur challenge était de parler en suisse allemand. Pendant des années ma fille a refusé de parler la langue de son père (en dépit des efforts de mon mari de ne communiquer avec elle qu’en suisse allemand). Parce que personne d'autre que lui ne parle cette langue (moi non plus). Petits, les enfants ont besoin de conformité. Elle lui répondait toujours en français ou en anglais et quand il lui parlait en suisse allemand en public elle faisait mine de ne pas comprendre. On a laissé faire, sans jamais la forcer. Mais il n’a pas cédé a la facilité de lui parler en français ou anglais. Et lors de nos dernières


vacances en Suisse elle a rencontré une fille de son âge qui ne parlait que le suisse allemand. A notre grande surprise, elles ont passé la journée à parler dans cette langue (avec un accent français terrible selon mon mari, mais au moins nous avons pu constater que les efforts n’avaient pas été vains !). Mon fils en revanche parle le suisse allemand avec son père, c’est leur “langue secrète” que personne d'autre ne comprend. 

En plus de ces 3 langues qu’ils maitrisent parfaitement (ils étudient dans une école britannique), ils ont appris le mandarin pendant 2 ans et gagné des cours de diction. Cette année, ils ont commencé les cours de vietnamien.

C’est très facile pour des enfants de cet âge d’apprendre de nouvelles langues, même le chinois ! Je trouve fascinant de les entendre prononcer naturellement des sons que mon je suis incapable de répéter correctement. Même une seule fois ! Contrairement à ce que je pensais, apprendre une langue si jeune n' est pas fatiguant, au contraire. Cela aide au développement du cerveau de notre progéniture.  


Nous entretenons très facilement leur français, et les séances de Skype avec les grands parents et les cousins aident aussi. C' est la langue que je parle et nous avons un petit groupe d'amis francophones. On apprivoise l’écrit en lisant beaucoup en français, mais il est clair que des cours de grammaire et de conjugaison seront bientôt nécessaires. Je n'avais jamais réalisé le niveau de difficulté du français avant de devoir l’enseigner !   Si les enfants ne me parlent qu’en français, j'ai noté qu’ils ont tendance à  communiquer essentiellement en anglais. Surtout quand ils sont fatigués et quand ils rentrent de l’école. Bien sur je les laisse, entre eux ils communiquent comme ils l’entendent. 

Leur multilinguisme est un atout certain. Les voir zapper d’une langue à l’autre, sans accent, ne cesse de me fasciner ! Pour eux le monde n'a pas de frontière puisqu’ils ne se sentent pas étrangers. Ils sont naturellement ouverts sur les autres enfants parce qu’ils peuvent communiquer dans leur langue, et je suis persuadée que cette faculté leur donne une vision plus ouverte du monde.

C’est  encore tôt pour parler de vocation ou d’envie professionnelle, mais il est clair que leur horizon professionnel ne va pas se limiter à l’Europe. C’est

amusant de voir comme leurs expressions changent quand ils passent d’une langue à l'autre. On sent qu’ils s’approprient plus qu’un langage, presque une façon d’être ! 

Vous pouvez suivre les aventures de cette formidable famille ou les contacter sur leur page Facebook.